GANDHI retourne sur les terres de Travancore.

Rare lettre de Gandhi, intime et bienveillant, délivrant ses conseils à sa protégée Shanta S. Patel.

Vendu

Mohandas Karamchand, le Mahatma GANDHI (1869.1948)

Lettre autographe signée « Bapu » à Shanta S. Patel.

Trois pages in-4° en anglais.

Travancore. 17 janvier 1937.

Une âme paternelle. Gandhi, intime et bienveillant, délivre ses conseils à sa protégée Shanta S. Patel.

 

« My dear Shanta, I always think of you & want to write to you but never get the time. I have get some tonight by accident. We are on a little launch which is taking hours instead of half an hour to reach our destination. Not knowing this I took no handmade paper with me. Hence this note machine made paper.

Bharatan must have told you all about our conversation. You should forget him. He is already engaged & is about to be married. I am sorry but you will, I have no doubt, appreciate the situation.

If you can work on at Maganwardi with complete self-possession, it is well. But if you find it difficult, we must think on the possibilities. I expect to reach there 24th or 25th.

I hope you are throngly restored. I had sent a wire inquiring about your health. I hope Fischer continues to like his work & to keep his health. I see from the papers that you are having very hot weather. Here we are walking. There is no winter in the south of India. Travancore. Love. Bapu. 17 1 37

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Version française : « Ma chère Shanta, je pense toujours à toi et je veux t’écrire mais je n’en trouve jamais le temps. Par chance j’en ai ce soir. Nous sommes sur une petite embarcation qui prend des heures au lieu d’une demi-heure pour atteindre notre destination. Ne sachant pas cela, je n’ai pas pris de papier fait main. D’où cette note sur un papier machine. Bharatan doit t’avoir tout dit au sujet de notre conversation. Tu devrais l’oublier. Il est déjà fiancé et sur le point de se marier. Je suis désolé mais tu sauras t’adapter, je n’en doute pas, à la situation. Si tu peux continuer à travailler à Maganwardi en toute sérénité, c’est bien. Mais si tu trouves cela difficile, nous devons réfléchir aux autres possibilités. Je pense arriver là-bas le 24 ou le 25. J’espère que tu es parfaitement bien rétablie. J’avais envoyé un télégramme pour m’enquérir de ta santé. J’espère que Fischer continue à aimer son travail et à conserver sa bonne santé. Je vois dans les journaux que vous avez un temps très chaud. Ici, nous marchons. Il n’y a pas d’hiver dans le sud de l’Inde. Travancore. Bapu. 17 1 37. »

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Le destinataire de cette lettre est Shanta S. Patel, fille de Shankarbhai Patel. Sa famille fut très proche de celle de Gandhi qui se comporta en protecteur de Shanta, comme en témoigne ce courrier et le reste de leur correspondance (qui débute vers 1930).

Les lettres de Gandhi à Shanta forment une correspondance de préceptes et de conseils d’existence, balayant tous les aspects de la vie de la jeune fille, allant de la morale à l’alimentation. Le ton paternel de Gandhi confirme le rôle de père de substitution qu’il semble avoir joué auprès de Shanta, qu’il appelle parfois sa « Dear daughter ».

Gandhi lui demande ici de renoncer à un homme déjà engagé et sur le point de se marier. Ces conseils de père s’accompagnent d’une invitation à rester travailler à Maganwardi, nom du « quartier général » de Gandhi établi à Wardha, au centre de l’Inde. C’est là que s’installa le Mahatma Gandhi en 1936 après un dernier séjour en prison. Il y a passa douze ans, jusqu’à sa mort en 1948.

Le nom de Shanta réapparait sous la plume de Gandhi quelques mois plus tard, le 4 août 1937, quand il écrit « Est-ce que je vous ai dit que Shanta n’est pas allée en Angleterre ? […] Elle est très heureuse avec Mahadev et très utile pour lui » Gandhi apparemment lui a trouvé un mari et une situation, avec Mahadev Desia, son secrétaire personnel.

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Le voyage de Gandhi à Travancore en janvier 1937 reste hautement symbolique de l’action du Mahatma en Inde, et un épisode important de sa vie. En effet, quelques années plus tôt, en 1925, Gandhi s’était vu refuser l’accès au sanctuaire du temple de Travancore, n’ayant été autorisé qu’à en faire le tour. « On ne m’a pas autorisé à aller au sanctuaire intérieur parce que j’étais allé en Angleterre”, se plaignit Gandhi dans un article de son journal Navjivan intitulé “Darshan of Kanyakumari” (29 mars 1925).

En effet, aller à l’étranger était considéré comme un tabou par les hindous de l’époque et ceux qui violaient cette croyance se voyaient refuser l’entrée des temples. Ces personnes ne pouvaient entrer dans les sanctuaires qu’après avoir accompli des rituels de purification.

En 1933, Le roi de Travancore Sree Chithira Thirunal Balarama Varma mit fin à ces restrictions imposées pour cause des voyages à l’étranger ou autres prétendues impuretés. En janvier 1937, le roi invite Gandhi en tant qu’invité spécial pour la cérémonie historique aux temples de Travancore qui ouvrait  enfin ses portes à tous les hindous, y compris ceux des castes inférieures.

Enfin le nom de Fischer qui est mentionné désigne peut-être le journaliste Louis Fischer qui avait été invité par Gandhi à passer une semaine auprès de lui et qui demeure l’un de ses plus fameux biographes.

 

 

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